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Vatican: il y a comme du rififi chez les cardinaux

Le majordome du pape soupçonné de vols de documents arrêté, le responsable de la banque du Vatican congédié?: un parfum de scandale flotte sur la cité. Au cœur des luttes de pouvoir se pose la question des finances opaques du Saint-Siège.

Il n’y a pas que l’odeur de la myrrhe et de l’encens au Vatican. Un parfum de scandale flotte dans ce micro-État qui concentre à peine 2?000 personnes. À l’heure du numérique, un seul clic fait vaciller la sainte table, alors que le secret, pratique millénaire, est jusqu’ici la règle d’or des cardinaux. Des informations récentes ont suffi à transformer une affaire de «?fuites?» organisée de documents confidentiels concernant le pape en un « VatiLeaks », version religieuse des dossiers brûlants de WikiLeaks. Un vrai thriller sur fond de guéguerre intestine?!

UN DEVOT DEVENU CORBEAU ?



Vendredi dernier, après avoir été traqué depuis des semaines par la gendarmerie vaticane, Paolo Gabriele, le majordome du pape, qui l’assiste du saut du lit au coucher, a été arrêté. Cet homme de quarante-six ans, considéré comme un personnage dévot, simple et au-dessus de tout soupçon, serait le «?corbeau?» qui a fait passer des documents extra-muros. Pour la presse italienne, il ne serait qu’un exécutant dans une conjuration bien plus large. «?Un cardinal a guidé le corbeau?», a même titré lundi le quotidien romain Il Messagero, quand d’autres médias y voyaient l’œuvre d’au moins une vingtaine de personnes. «?Paoletto?», comme le surnommaient les membres de la «?famille pontificale?», ne serait tout au plus qu’un lampiste.



En janvier dernier, l’émission les Intouchables de la chaîne 7 révèle en direct le contenu des lettres adressées à Benoît XVI par Mgr Vigano, chargé de la gestion du patrimoine du Vatican. Ce dernier, réputé intègre, parle «?de nombreuses situations de corruption et de malversation enracinées depuis longtemps dans la gestion du gouvernorat?». Il s’y plaint également de sa mutation à Washington, mettant fin, de fait, à la remise en ordre des comptes que lui avait demandée le pape.





Coup de tonnerre sous la coupole céleste, quand quelques jours plus tard, début février, une autre lettre «?strictement confidentielle?» fuite dans le journal Fatto quotidiano. Elle fait état d’inquiétudes de prélats sur une mort prochaine du pape. Le 19?mai, le journaliste Gianluigi Nuzzi publie un livre (Sa Sainteté, les documents secrets de Benoît XVI) présentant des documents exclusifs sur les rapports entre le Vatican et l’État italien, et illustrant les rancœurs entre cardinaux, de nombreux débats internes, la situation fiscale de l’Église et des scandales comme les abus sexuels chez les «?légionnaires du Christ?». Il n’y a pas véritablement de scoop mais la loi du silence est brisée.



CONFLIT ENTRE CLANS !



Jeux de pouvoir?? Les spécialistes du Vatican entrevoient dans cette diffusion clandestine de documents un conflit entre clans. Il y aurait d’un côté les partisans d’un État transparent et moderne, de l’autre les traditionalistes murés dans l’omerta. Les premiers suivraient Benoît XVI, enclin à une glasnost pour faire un grand nettoyage dans une curie rongée par la corruption. Les seconds se rangeraient derrière le cardinal Tarcisio Bertone, cardinal secrétaire d’État, le premier ministre du pape qui, depuis Jean-Paul II, concentre l’essentiel des pouvoirs.



Les luttes internes se focalisent sur les questions liées aux finances. Ainsi, de façon surprenante, Ettore Gotti Tedeschi, président de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), la banque vaticane, a été limogé la semaine dernière. Engagé dans la nouvelle politique de transparence, ce laïc est un ami du pape, qui l’a fait directeur de l’IOR. Celui-ci aurait mis trop de zèle à vouloir nettoyer les écuries d’Augias. Car les religieux ont une relation très spéciale avec l’argent. L’Église gère des sommes énormes et n’a de compte à rendre qu’à elle-même et bien sûr à dieu.





C’est grâce à cette manne que Jean-Paul II, par le passé, avait pu financer le syndicat Solidarnosc en Pologne. C’est donc en toute opacité que se réalisent les dons, le plus souvent en liquide, les legs ou héritages au risque de manipulations et d’accusations de blanchiment d’argent. À tel point que le Vatican, malgré de timides efforts, est pointé du doigt pour sa gestion financière au niveau international, figurant sur la liste des pays les moins propres du monde quand il n’est pas suspecté d’être un paradis fiscal. En 2010, Benoît XVI avait donné l’ordre de mettre tout à plat, visiblement, il n’a pas été obéi. C’est aussi cela qui est en jeu dans l’éviction d’Ettore Gotti Tedeschi, qui n’a cessé de se heurter au secrétaire d’État du Vatican, notamment l’année dernière quand il s’est opposé au projet de renflouement d’un hôpital milanais porté par le puissant cardinal Bertone.



LA SUCCESSION DE BENOIT XVI A L'HORIZON



Le Vatican, selon le théologien Hans Küng, qui fut autrefois un proche de Joseph Ratzinger, «?est une cour au sommet de laquelle règne un monarque absolu, avec ses coutumes et ses rites médiévaux souvent baroques?». Benoît XVI est âgé de quatre-vingt-cinq ans et les enjeux de succession se profilent à l’horizon. C’est le moment où des groupes, des familles romaines et des ordres religieux essaient d’exercer leur influence. Des organisations comme l’Opus Dei, les jésuites, les dominicains voire les traditionalistes cherchent à se positionner par rapport au futur pape. Dans la lettre annonçant la mort de Benoît XVI, il était même fait état de la reconquête du trône papal par un Italien?! Les épisodes du majordome et du banquier, des familiers des affaires du Vatican, ne sont que l’écume de luttes souterraines qui se livrent sans merci dans l’entourage du pape vieillissant. Une guerre de succession qui ne dit pas son nom semble battre pourtant son plein. VATILEAKS , une mise en mouvement de cardinaux prêts à prendre le pouvoir??

....comme le disait notre célèbre curé ardennais , Jean MESLIER (1664-1729) , "toutes les religions ne sont qu'erreurs , illusion et impostures " !

"IL N'AIMAIT PAS DIEU ...MAIS LES HOMMES ..." . Arthur Rimbaud , dans Les poètes de 7 ans .