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France :: UMPitoyable

Vaudeville. Guignol. Feuilleton. Farce. Les médias français sont à court de mots pour parler de ce qui se déroule dans le parti de l’ex-président Sarkozy, l’Union pour un mouvement populaire (UMP). Mais, avec le profit que l’extrême droite pourrait en tirer, est-ce si ce drôle que ça ?

Jonathan Lefèvre ( du PTB , parti du travail de Belgique )

Au centre médiatique français depuis plus de dix jours : François Fillon et Jean-François Copé. Soit l’ancien Premier ministre de Sarkozy et le secrétaire général de l’UMP. Deux poids-lourds qui se disputent la présidence du parti de droite de plus en plus décomplexé.

Dimanche 18 novembre, après plusieurs mois de campagne, les membres du plus grand parti du pays (en nombre d’adhérents) doivent décider qui, entre les deux derniers candidats à la primaire, doit mener l’UMP jusque la campagne de la future élection présidentielle en 2017. Et, de là, se profiler déjà comme candidat à cette élection. Mais, avant l’annonce officielle des résultats, Jean-François Copé se déclare vainqueur. Moins d’une heure plus tard, c’est son adversaire qui fait la même annonce. Dix jours plus tard, la situation est plus ou moins la même. Aucun des deux ne veut se retirer, Fillon saisissant même la Justice, accusant son adversaire d’avoir manipulé les résultats. Accusation retournée par Copé. Les deux clans se déchirent, sous l’œil effaré des sympathisants de l’UMP, le ricanement des centristes mais surtout pour le plus grand plaisir du Front national (FN).

L’UMP est en effet un grand parti en terme de nombre de membres, mais aussi de sensibilités politiques. Pour faire simple, cela va du centre-droit à la droite extrême. Mais, à force d’essayer de tenir une ligne de droite fluctuante au besoin des campagnes électorales, le parti a dérivé lentement mais sûrement vers l’électorat du FN. La frontière entre les plus droitiers du parti (dont certains viennent de mouvements fascistes) et les militants du FN se faisait de plus en plus ténue. Sur beaucoup de sujets, la différence était d’ailleurs nulle (Roms, islam, droits des homosexuels, étrangers, etc.). Marine Le Pen, présidente du parti d’extrême droite, se frotte les mains. D’autant plus que le PS de François Hollande prend des mesures anti-populaires qu’elle n'a pas de peine à dénoncer.




Et le PS ?



Le PS reste logiquement discret dans cette affaire. Pour deux raisons. La première est qu’en 2008, lors du congrès qui devait décider de leur nouveau président, les deux candidates Royal et Aubry s’étaient aussi déchirées sur l’issue du scrutin. Cette dernière l’avait finalement emporté. Mais les tensions sont restées vives à l’intérieur du PS. La seconde réside justement en cette fonction présidentielle : le PS, au pouvoir, mène une politique antisociale qui fâche de plus en plus, surtout à gauche. Malgré ses promesses préélectorales, Hollande applique avec zèle les mesures d’austérité. Et le projet de nouvel aéroport dans la région de Nantes, dénoncé par toutes les organisations environnementales et progressistes, risque de faire encore chuter sa cote de popularité.

A l’heure de mettre ce numéro sous presse, François Fillon veut créer son propre groupe au Parlement et demande un nouveau scrutin. L’UMP est toujours dans l’incertitude. Mais ce qui est certain, par contre, c’est que le parti de droite ne s’en relèvera pas indemne. Au profit du FN ?