merkho Le Pacte de croissance : La poudre aux yeux de Hollande .... UNE ANALYSE DU PARTI DU TRAVAIL DE BELGIQUE .

« Merkel a son Pacte fiscal, Hollande a désormais son Pacte de croissance », relatent les médias à propos de l’actuel sommet européen, où les dirigeants annoncent 120 milliards d’investissements. En réalité, les populations sont trompées. Rien ne sera injecté dans l’économie des pays en crise.

Hugo Franssen

La désinvolture avec laquelle l’Europe a sorti ce chiffre de 130 milliards de son chapeau laisse pantois. En effet, cette somme représente exactement 1 % du PIB européen. Voilà qui présente très bien. François Hollande peut ainsi montrer son Pacte de croissance comme un nécessaire réajustement du Pacte fiscal et de la politique d’économies. Selon le Pacte de croissance, les États promettent d’investir dans des « secteurs d’avenir » et faciliter l’accès aux crédits pour les entrepreneurs. Ce qui est en fait une coquille vide, ce pacte ne contenant rien de neuf. Il permet juste à Hollande de sauver la face puisque, lors de sa campagne électorale, il avait promis d’exiger des impulsions fortes dans la conjoncture.

Daniel Gros, expert au Centre d’études européennes, explique qu’il s’agit de pur « façadisme », et que « les politiciens veulent juste montrer qu’ils prennent au sérieux la volonté de l’électeur » (Der Spiegel, 27 juin), puisque l’effet sur la conjoncture serait en fait nul. Examinons ce Pacte de croissance de plus près.



Les trois pseudo-piliers du Pacte de croissance



1. Les fonds structurels européens. Dans le cadre d’un financement sur sept ans d’une aide régionale, 55 milliards d’euros étaient déjà planifiés. Il reste encore un montant résiduel qui est désormais « reprogrammé » pour des mesures traitant la question du problème du chômage des jeunes. Mais aucun argent neuf ne va au fonds structurel.



2. La Banque européenne d’investissement (BEI). Le capital de la BEI sera augmenté de 10 milliards, selon la proposition de Merkel. Durant les 4 années à venir, la BEI pourra ainsi offrir chaque année 15 milliards de crédits, soit donc en tout 60 milliards. Il s’agit ici de collaboration entre le public et le privé, dont on espère de ce dernier une multiplication des investissements. Ce qui est plus que douteux : pourquoi des investisseurs privés prendraient-ils en effet des risques dans des pays en crise, sachant que, en cas de faillite, la BEI a priorité dans le remboursement des dettes ? La BEI est d’ailleurs elle-même plus que sceptique sur le montant dont elle peut disposer pour des projets « sûrs ».



3. Les « projectbonds ». Les investisseurs privés investissant de l’argent dans des projets d’infrastructure peuvent à cet effet bénéficier des garanties de l’UE jusqu’à 1 milliard d’euros. Jusqu’à 18 milliards d’euros seraient au total mobilisés pour ces investissements. De facto, l’Union européenne (UE) a (jusqu’à présent) seulement libéré 230 millions pour rendre de tels projets attractifs, dans l’espoir de pouvoir obtenir 4,6 milliards d’investisseurs du privé. Or, cet argent figure déjà dans l’actuel budget de l’UE. Il ne s’agit donc pas de nouveaux montants libérés.

Conclusion : ce ne sont en fait pas 230 milliards qui seront libérés, mais seulement 10 milliards, c’est-à-dire 0,1 % de l’économie européenne. Soit moins que rien…



Le désastreux repli de Hollande



Dans son document Pacte de croissance préparatoire au sommet, Hollande a déjà préparé sa marche arrière. Dans ce document de 11 pages, il écrit entre autres qu’il ne voit son cheval de bataille des euro-obligations pouvoir être mis en œuvre que dans une perspective de 10 ans. Plus tôt, impossible, selon lui. Il n’est aussi absolument plus question de son mantra de « renégociation » du Pacte fiscal (Handelsblatt, 20 juin).

L’inflexible Merkel a scellé le tout dans une déclaration péremptoire et sans appel : « Moi vivante, pas d’euro-obligations. » Elle a déclaré qu’il ne pourra absolument pas être question de responsabilité commune pour les dettes (via ces euro-obligations, par exemple) (Der Spiegel, 27 juin). On est curieux de voir si Van Rompuy, Barroso, Juncker et Draghi – qui, dans leur texte préparatoire (le « masterplan ») envisagent les euro-obligations – pourront même encore juste sauver ce terme.