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Reportage du PTB (Jonathan Lefebvre) : 40 000 travailleurs en colère à Bruxelles

Les oreilles du gouvernement ont dû siffler ce jeudi. 40 000 personnes des quatre coins du pays se sont retrouvées dans les rues de la capitale pour dire : « Stop au gel des salaires, aux manipulations de l’index, du statut des travailleurs… » Bref, « l’austérité ça suffit ! »

Il est 11h lorsque le cortège se met en route de la gare du Nord. Il fait – 3°. La température monte d’un cran : les travailleurs d’ArcelorMittal Liège et de Ford Genk prennent la tête de la manifestation. « Mittal, arrête ton génocide social » d’un côté, « Ford-toelevering : 10 000 jobs, wat doet de politiek ? » (Ford-sous-traitant : 10 000 jobs, que font les politiciens ?), de l’autre. Mais de côté, il n’en est guère question. Comme l’explique Roger, de la LBC-CNE : « Notre slogan, 1 travailleur=1 travailleur, ne veut pas seulement dire qu’il ne faut pas faire de différence entre employés et ouvriers, mais aussi qu’un travailleur de Flandre du secteur non-marchand=un travailleur de Wallonie du secteur privé. On vit tous la même chose. Notre ennemi est commun. »



Sur les banderoles, les cibles sont clairement identifiées : le gouvernement et le patronat. « C’est la même chose, dit Mohamed, travailleur à la STIB. L’un travaille pour l’autre. » Sur son calicot : « Travailleurs STIB-MIVB, POUR une augmentation des salaires, maintien de l’index, maintien des services publics, POUR une grève générale, si nécessaire ». Quand on lui fait remarquer que les syndicats ne parlent pas (encore ?) de grève générale, il répond, avec un clin d’œil : « Ca peut vite changer… » De fait, peu après la fin de la manifestation, l’idée d’une grève nationale commence à circuler. Yves Hellendorf, secrétaire permanent national de la CNE : « La politique d’austérité crée la crise. S’ils ne le comprennent pas, alors je vous invite le 15 mars à une grève générale ! »



Un concentré du monde du travail



Le long du cortège qui mène à la gare du Midi, on est frappé par la diversité. Hommes, femmes, jeunes, anciens, francophones, néerlandophones, chômeurs, étudiants, infirmières, cheminots… C’est un concentré du monde du travail de Belgique qui se déplace pour dire tout le mal qu’il pense des politiques d’austérité menées par le gouvernement. « Depuis le temps qu’on attend cette manifestation… », s’exclame Roger.

Si la ministre de l’Emploi, Monica De Coninck (sp.a) et le patronat avait parlé d’une « manifestation grise », par rapport à la couleur de cheveux des manifestants, ils ont parlé trop vite. Beaucoup de jeunes se retrouvent dans le cortège. « Cela fait bizarre, je ne suis pas habituée. C’est ma première manifestation. Je travaille dans le secteur de la santé depuis quelques mois. D’habitude, je regardais les manifestations à la télévision le soir, mais je ne me sentais pas très concernée. Je ne m’imaginais pas être dedans un jour. Mais là, c’est trop. Dans l’hôpital où je travaille, les plus anciennes infirmières me disent qu’elles n’ont jamais connu ça. Quand mes collègues ont demandé qui voulait y aller, je n’ai pas hésité. Et, à part les pétards un peu trop bruyants (sourire), je ne regrette pas du tout ! », explique Fatima, 24 ans.



Maude, 18 ans, étudiante dans le secondaire à Bruxelles, est venue avec ses amies : « Quand on a dit à notre directrice que l’on voulait aller à la manifestation, elle nous a dit que la crise ne nous touchait pas. Mais quand je vois le nombre de copains qui doivent trouver un boulot d’étudiant sur le côté… »



Paul, la quarantaine, est, lui, venu pour une autre raison. « Je suis chômeur depuis quelques mois. Je ne comptais pas venir au début. Mais quand j’ai lu la presse ces derniers jours, je me suis décidé. Je n’ai lu que des articles qui expliquaient pourquoi c’était inutile de faire des actions syndicales, qu’il fallait être responsable, que cela ne changerait rien. Eh bien si ! Et je suis venu pour dire, justement, qu’on peut faire changer les choses ! »



Karel Stessens, président fédéral de la CGSP-ACOD : « « Les services publics doivent se débrouiller avec de moins en moins de personnel. Les nouveaux doivent accepter des conditions de travail impossibles. Mais les pouvoirs publics se tirent par là une balle dans le pied, parce qu’un secteur public qui fonctionne bien est une bonne clé de redistribution des richesses. »



« Cela fait déjà longtemps que nous sensibilisons aux dangers du modèle allemand et de ses mini-jobs, temps partiel et énormément d’intérim. Les employeurs abusent de la situation. Qu’offrent-ils en compensation de ces exigences de flexibilité ? » se demande de son côté Marijke Persoone, secrétaire générale adjointe LBC-CNE.



Paix sociale compromise



Il est 12h30 lorsque le cortège arrive à la gare du Midi. Il neige. Les leaders syndicaux se succèdent à la tribune. Après Marc Leemans (CSC), Anne Demelenne (FGTB) prend le micro. « Le gouvernement ne doit pas se tromper de cible. Ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise. L’argent de nos impôts sert à remplir les poches de Mittal, avec les intérêts notionnels. Messieurs et mesdames les ministres, prenez la mesure des choses. Prenez des mesures où la paix sociale est compromise. »

Dans les rangs des manifestants, de paix sociale, il n’en pas été vraiment question. « J’espère qu’on va remettre ça bientôt ! », glisse un manifestant lors des discours.



A noter que, pendant que les manifestants dénonçaient la politique du gouvernement, Paul Magnette (président du PS) et son homologue du sp.a, Bruno Tobback, appelaient les syndicats à « faire preuve d’honnêteté en reconnaissant les actions de résistance de leur parti au gouvernement ». Ce jeudi, 40 000 personnes ont répondu : « Comment osent-ils ? »