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De la santé aux supermarchés

Avec l’aide précieuse de l’Europe, les pays transforment les soins de santé en marchandises. Autre secteur en ligne de mire, les supermarchés : travail intérimaire, flexibilisation du temps de travail… Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg : mêmes attaques, mêmes combats.

Un article de Herwig Lerouge, Alice Bernard et Bert De Belder

Diminution des salaires, assurance privée obligatoire... En Allemagne, le système des soins de santé évolue au gré de la volonté du patronat.

Le constat est unanime chez les syndicalistes des 4 partis réunis à Remich : les soins de santé sont en cours de commercialisation dans l’ensemble des pays de l’Union européenne.

Les conséquences sont dramatiques. Pour les travailleurs, avec notamment la détérioration des conditions de travail, et pour les patients, qui doivent payer de plus en plus de leur poche pour se soigner, souvent pour des soins de moindre qualité.

Maarten Muis explique qu’aux Pays-Bas, le NCPN, principalement au travers de l’action syndicale de ses membres, tente de montrer aux travailleurs de la santé comment la dégradation des conditions de travail n’est pas inéluctable, mais le choix de politiques délibérées. « Nous avons organisé des actions contre les mesures d’austérité prises, y compris dans les services de soins à domicile. Dans notre journal Manifest, nous donnons régulièrement de l’attention aux économies faites dans le secteur de la santé mentale et sur la décentralisation des compétences vers les communes. »

Tiens, tiens... la 6e réforme de l’État en Belgique, ne prévoit-elle pas des transferts de compétences en matière de santé ? En arguant d’une meilleure organisation d’un service, sans se préoccuper du financement de ces nouvelles compétences, on laisse la porte grande ouverte à la commercialisation de services. C’est déjà le cas dans le secteur des maisons de repos et des crèches.

Hans-Peter Brenner raconte qu’en Allemagne, le DKP a montré comment le système de santé a évolué au gré de la volonté de l’association fédérale des entrepreneurs, le BDA (correspondant à notre FEB), qui presse le gouvernement pour faire baisser les salaires et encourager les assurances-maladie privées obligatoires, plutôt qu’une assurance-maladie sociale pour tous sur base d’une large solidarité. Une récente directive européenne sur les soins de santé transfrontaliers remet en cause une règle fondamentale en Allemagne, selon laquelle ce sont les professionnels qui s’adressent à l’assurance-maladie, et non le patient. La nouvelle directive introduit le système « cash & carry » : le patient doit payer immédiatement, parfois même avant le début du traitement, et s’occupe lui-même du remboursement par l’assurance-maladie.

Information, pétition, victoire

Aux Pays-Bas, le secteur de la grande distribution emploie 260 000 personnes, dont 70 % sont des jeunes. Seuls 30 % ont un contrat fixe. Les salaires sont en moyenne légèrement supérieurs au minimum vital. Le salaire de départ d’un jeune réassortisseur de 15 ans s’élève à seulement 3,28 euros, et il est de 4,57 euros pour un jeune de 18 ans.

En novembre 2010, Levin Zühke-van Hulzen a commencé à travailler dans un magasin franchisé de la chaîne Albert Heijn. La plupart des autres employés étaient des jeunes embauchés à temps partiel sous CDD. Beaucoup ont un contrat sans spécification du nombre d’heures de travail, ce qui permettait à la direction d’éluder la CCT et de ne payer ni le supplément pour travail de nuit ni les jours de maladie.

Au printemps 2011, Levin a commencé à informer ses collègues. La colère est vite montée, le syndicat a organisé plusieurs réunions. Ils ont fait circuler une pétition, remise à la direction avec une action publique. Le personnel a ainsi obtenu le respect de la CCT et une amélioration sur tous les autres points. L’action a permis au syndicat FNV de rallier une soixantaine de nouveaux membres, avec la formation d’un petit groupe cadre. Quant au contrat de Levin, il n’a pas été prolongé...

Des supermarchés superflexibles

Marceline Waringo est membre du Parti communiste du Luxembourg et déléguée OGB-L (syndicat social-démocrate) pour les principales chaînes de supermarchés du pays. Au Luxembourg, les salaires sont faibles dans le commerce de détail. Il n’existe pas de CCT sectorielle, seuls les employés de supermarchés, soit un quart des 40 000 personnes employées dans le commerce de détail, en ont une.

Le problème majeur auquel est confronté le secteur est la flexibilisation et la dérégulation du temps de travail. Depuis 2012, les magasins peuvent rester ouverts 24 heures un jour par an. Récemment, l’administration du Luxembourg a autorisé l’ouverture d’un dimanche par mois. Le tout sans compensation : le travail du dimanche sera compensé par un jour de congé ordinaire. Nocturnes du samedi, travail du dimanche et ouverture les jours fériés : la voie est ouverte à une totale libéralisation des heures d’ouverture.